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Terminal méthanier au Port du Verdon
UN PROJET INCOHÉRENT, VOIRE DOUTEUX.
Le développement économique du Médoc est une problématique récurrente à laquelle les élus locaux et régionaux n’ont jamais apporté de réponse satisfaisante, faute probablement d’une vision à long terme. Le projet de terminal méthanier est un nouvel exemple de ce manque de cohérence, car il va à contre sens de la volonté déclarée de développer le tourisme.
Le débat public sur le projet "Pegaz" de terminal méthanier au Verdon sur Mer (Pointe de Grave) s’est tenu du 1er septembre au 14 décembre 2007.
Les documents du maître d’ouvrage (la société néerlandaise 4Gas), ainsi que les éléments du Débat public, sont disponibles en ligne.
Il est encore possible de contribuer au débat, par messagerie électronique, jusqu’au 14 décembre.
Ensuite le Débat en tant que tel sera clos. Les étapes suivantes seront :
Au plus tard 14 février 2008 : compte-rendu
de la CPDP et bilan de la CNDP.
Au plus tard 3 mois après le bilan [1] : décision du maître d’ouvrage sur la suite à donner au
projet.
Un projet qui pose de nombreuses questions
En plus de l’incohérence avec le projet touristique, l’implantation d’un port méthanier par la société 4Gas lève un certain nombre d’interrogations ayant trait à la géopolitique et à la politique énergétique européenne, à la lutte contre l’effet de serre, au bien être des populations locales, à l’impact environnemental sur l’ensemble du Médoc et à la protection d’espèces animales menacées.

L’implantation prévue pour le terminal méthanier du Verdon Face à Port-Médoc, d’où est prise la photo, 4Gas s’installerait derrière la plage de la Chambrette, entre le château d’eau et le ponton. Détail de taille, les réservoirs seront plus haut que le château d’eau... (photo XL).
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1 - géopolitique de l’énergie
Derrière la société 4Gas se trouvent les fonds de pension américains Carlyle et Riverstone. Premier gestionnaire mondial de portefeuilles, le Carlyle Group rassemble le gratin de la politique mondiale. Piloté par l’ancien secrétaire à la Défense Frank Carlucci, il comprend aussi bien George Bush père que les Ben Laden, George Soros, Mikhail Khodorkovsky ou John Major. Carlyle s’est spécialisé dans la prise de contrôle de sociétés d’armement et de médias. Profitant de la présidence d’un de ses anciens cadres, Bush fils, il influe selon ses intérêts sur la politique étrangère des États-Unis. Usant et abusant de ses relations, le groupe réalise 30% de retour sur investissement et se voit régulièrement mis en cause dans des affaires d’initiés et de corruption.
Nous devons donc être extrêmement méfiants : d’une part, nos approvisionnements seraient susceptibles de dépendre de données politico-financières opaques, d’autre part les stratégies financières des fonds de pension (rentabilité supérieure à 15 %) laissent augurer, au cas ou le projet se réaliserait, d’une politique sociale très dure envers les salariés, et d’une entreprise susceptible de cesser son activité à tout moment en fonction de la conjoncture internationale. On est donc loin de la sécurité des approvisionnement français présentée comme l’un des motifs de ce projet.
2 - politique énergétique
Le maître d’œuvre se situe sans ambiguïté dans un contexte de croissance continue des besoins énergétiques dans le Monde en général et en Europe en particulier (partie 2 page 22). Or les pays européens, suite aux accords de Kyoto, se sont lancés (avec plus ou moins de bonne volonté) dans une démarche de maîtrise de la consommation énergétique.
On peut en conclure soit que la société 4Gas ne connait pas cette volonté politique, soit qu’elle n’y croit pas. Dans les deux cas, nous trouvons cela irresponsable.
Par ailleurs, 4Gas annonce (partie 2 page 23) que « la durée de vie des gisements connus, au rythme actuel de prélèvement, est aujourd’hui estimée à 65 années ».
Mais dans le même document il est dit (partie 2 page 22) que « l’Agence Internationale de l’Énergie prévoit un doublement de la consommation de gaz naturel d’ici à 2030 ». On peut donc en conclure que le "rythme actuel" ne va pas le rester et qu’il faut tabler sur moins de 65 ans ?
Et pour terminer sur ce chapitre, même si les réserves durent jusqu’en 2070, il est probable que les effets de pénurie vont se faire sentir bien avant (comme c’est le cas aujourd’hui avec le pétrole) et que le site du Verdon ne sera pas le dernier des ports méthaniers à en subir les conséquences.
Notons que la concurrence sera d’autant plus rude que d’autres projets de terminaux méthaniers français sont en cours, à Antifer et Dunkerque [2]
On peut donc tabler sur une durée de vie de l’installation largement inférieure aux 65 ans indiqués !
3 - lutte contre l’effet de serre
Même si le gaz naturel n’est pas le carburant fossile le plus polluant en terme de combustion, il est tout de même émetteur de gaz à effet de serre. Ce n’est donc pas une solution miracle, mais un pis-aller, contrairement aux économies d’énergies et aux énergies renouvelables. Et ces dernières ont un impact bien moindre sur l’environnement local !
Localement, les travaux génèreront leur lot de gaz à effet de serre. Ainsi que le process de regazéification (sans compter les rejets d’eau refroidie dans l’estuaire) et la torchère.

Verdon : Non au port méthanier De nombreuses maisons affichent clairement l’opposition des habitants au projet de 4Gas (photo XL).
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4 - impacts sur la population et la commune du Verdon
La population locale est très inquiète : 300 à 500 000 m3 de gaz stockés à quelques centaines de mètres de leurs habitations, ça fait réfléchir. D’ailleurs bon nombre de maisons affichent ostensiblement un fanion aux couleurs de l’association « Une pointe pour tous », résolument engagée contre le projet. Souhaitons que le maire du Verdon sur Mer saura mieux les entendre que celui de Saint Médard en Jalles ne le fit lors de l’implantation de l’usine Aquidec : gâcher la vie de ses administrés pour quelques emplois, c’est une décision grave !
Si le projet se fait, les nuisances seront variées et s’échelonneront dans le temps.
Les travaux (annoncés pour durer quelques mois...) d’aménagement et de construction vont générer des pollutions de l’air (moteurs des engins de chantier, poussières) et sonores. Sans compter des pollutions accidentelles : écoulement d’hydrocarbures et dispersion de poussière dans l’estuaire de la Gironde ou vers les nappes souterraines...
En fonctionnement, les nuisances sonores devraient être moins régulières, mais tout aussi présentes : alarmes diverses, torchère...
En fin de vie, les installations, et particulièrement les réservoirs de 160 000 m3, resteront comme le souvenir encombrant d’un projet inutile et coûteux pour tous.
Ne négligeons pas l’aspect visuel : les réservoirs seront aussi hauts que le château d’eau, et deviendront de fait des objets visibles à des dizaines de kilomètres de distance, écrasant la Pointe de Grave. D’ailleurs les riverains de l’autre côté de l’estuaire (Royan et la Charente Maritime) ne sont pas les moins remontés contre le projet.
5 - impact environnemental sur le Médoc
Le démantèlement de l’installation n’est pas du tout pris en compte par le maître d’œuvre. Si jamais ce projet voit le jour, il faut absolument que le financement de la remise en état du site soit garanti. Et pas aux frais de la collectivité, mais du pollueur.
Enfin, voilà ce qui semble être un vice dans le déroulement du débat public : l’enquête publique sur le tracé du gazoduc qui devra relier le terminal du Verdon au réseau national ne démarrera que plus tard (partie 4 page 75) [3].
Cela ressemble à une façon de forcer la main aux pouvoirs publics : si le principe de terminal est acquis avant le tracé du gazoduc, il faudra trouver coûte que coûte un trajet pour ce gazoduc. Or la construction d’un gazoduc n’est pas une mince affaire : il s’agit d’ouvrir une tranchée continue, d’y mettre une canalisation étanche de plus d’un mètre de diamètre et de refermer ! L’emprise des travaux prendra un minimum de 20 m de large, sur une longueur de 130 à 170 km en fonction des options, le tout pour 300 à 400 millions d’euros.
Il faut donc inverser l’ordre des débats : s’il s’avère qu’il est impossible, pour des motifs environnementaux ou techniques, de faire un gazoduc partant du Verdon, traversant la Gironde jusqu’à Auros, au sud-est de Langon ! , le débat sur le terminal n’a plus lieu d’être !

Les options de tracé du Gazoduc (TIGF)
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La variante nord va de Soulac à Chazelles (Charente), en traversant l’estuaire avec 8 km de tunnel. Les autres variantes ont un tronc commun du Verdon à Saint-Laurent-Médoc.
L’une va sur Pauillac et traverse l’estuaire vers Laprade (Charente).
À partir de Pauillac, une autre longe l’estuaire, passe par le bec d’Ambès et rejoint Eygurande.
La dernière option va de Soulac à Auros, traversant le Médoc du nord au sud.
6 - protection d’espèces animales menacées
La zone concernée par le projet est exceptionnelle sur le plan de la biodiversité. On y trouve en particulier quatre espèces de batraciens protégées par la Directive Européenne "Habitats, Faune, Flore", plus communément appelée Directive Habitats. Il s’agit du crapaud calamite (bufo calamita), du crapaud pélobate cultripède (pelobates cultripes), de la reinette méridionale (hyla meridionalis) et du triton marbré (triturus marmoratus), tous répondant de l’annexe 4 de la directive : espèces animales et végétales d’intérêt communautaire qui nécessitent une protection stricte. Il est donc hors de question, comme le suggère le projet du maître d’œuvre (qui ne reconnaît que le pélobate cultripède), de reconstituer cet habitat un peu plus loin !
Conclusion
Devant le nombre et l’intensité des problèmes soulevés par ce projet, nous nous demandons s’il ne s’agit pas juste d’un leurre lancé par la société 4Gas afin de négocier ailleurs une implantation bénéficiant d’un maximum d’aides publiques ?
Pétition contre le port méthanier du Verdon
Communiqué des Verts aquitaine
Le Cahier d’acteur des Verts, notre contribution officielle au Débat public.
[1] soit mi-mai 2008, après les élections cantonales et municipales. La remarque n’est pas innocente : certains de nos élus, qui ne se prononcent pas franchement de peur de rebuter leur électorat, risquent de trouver de nombreuses qualités au terminal... une fois réélus !
[2] Voir le site des Verts Nord-Littoral..
[3] Les hypothèses de trajet ont été présentées le 18 octobre à Soulac. On trouve là une bonne analyse de la présentation
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